Monaco Hebdo n° 366 - du 27 février au 5 mars 2003

 

Le conflit examiné à la loupe par le Club de Monaco



L a deuxième réunion de l’Institut d’Etudes politiques Méditerranéennes-Club de Monaco se tenait la semaine dernière au dixième étage de l’hôtel Métropole. Prévue dans le cadre normal des activités de l’association, cette réunion rassemblait des personnalités appartenant aux nations riveraines de la Méditerranée «souhaitant apporter une contribution à la recherche de la paix et de la stabilité dans l’ensemble de l’espace méditerranéen». Initialement les débats devaient être occupés par les flux migratoires des pays du Sud vers le Nord de la Méditerranée. Mais le problème irakien s’est imposé dans la majeure partie des débats. Quelle répercussion peut avoir une telle organisation sur les événements internationaux ? Aucune d’immédiatement concrète. En extrapolant, cela renvoit à l’une des autres questions importantes que pose la crise irakienne : les instances internationales, ONU en tête, ont-elles un réel pouvoir de régulation des conflits entre les Etats ? Nonobstant, des rencontres entre des personnalités aussi diverses et contrastées ne se déroulent pas tous les jours : Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations unies, Hubert Védrine, ancien ministres des affaires étrangères de Lionel Jospin, Shlomo Ben Ami, ancien ministre des Affaires étrangères d’Israël, Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, Michel Rocard, député européen. La liste pourrait être plus longue. La présence de délégations palestinienne et israélienne permet d’imaginer que, même si les relations entre le gouvernement de Sharon et l’Autorité palestinienne sont rompues, Israéliens et Palestiniens n’ont pas coupé totalement les liens. Quant à l’imminence du conflit en Irak, les avis étaient partagés. Pour Michel Rocard, député européen et ancien Premier ministre, la guerre ne pourra être évitée car on ne peut pas rompre tout lien avec les Etats-Unis : «Je pense que la guerre est inévitable. Il faut garder une solidarité de la communauté internationale et j’espère qu’on y attirera les Américains. Je ne suis pas un défenseur de Saddam Hussein. C’est un criminel d’envergure dont il faut se débarrasser. Il nous apparaît clairement qu’on ne peut pas y arriver par des méthodes pacifiques. La force sera nécessaire. Dans ces conditions, il faut éviter la dramatisation d’un conflit franco-américain ou euro-américain gravissime. Si pour des raisons, certes fortes, nous rendons aux Américains, les procédures multilatérales insupportables, on va payer ça sur l’environnement à Kyoto, sur la criminalité organisée, sur le problème de la drogue, etc. Il faut rester raisonnable et retrouver un moyen de se parler. Si la guerre est évitable, c’est uniquement parce qu’il y a une majorité des gens qui considèrent que le travail des inspecteurs de l’ONU en Irak doit nous dire si on peut faire confiance à Saddam ou pas. Et comme vraisemblablement ça n’a pas l’air d’être possible, une intervention serait légitime et elle aurait alors une unité internationale». Pour Boutros Boutros-Ghali en revanche, tout semble encore possible si l’ONU joue son rôle de régulateur : «Nous continuons à défendre le dialogue pour éviter que la population irakienne ne souffre d’une autre guerre. De plus, il est important de sauver l’ONU pour démocratiser la mondialisation. Il faut défendre la crédibilité de cette organisation. Il est important de revenir au multilatéralisme, raison d’être du système onusien».

C. I.



 




 



 




 





 

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